Une caravane comme pied à terre et un monde à explorer

par | 11 Avr 2021 | Interviews

Une caravane comme pied à terre et un monde à explorer.

Dans cette interview, on retrouve la famille Blanchy, alias les “Quatre en Baroude” qui sont depuis plus de 6 mois en Polynésie française, en alternant voyage et travail à l’autre bout du monde. Tu vas découvrir comment tu peux faire comme eux et partir même si tu n’as pas un gros budget au départ.

Nous les avons découvert il y a un an, lors de leurs aventures en camping-car en Écosse, puis au Maroc. Valérie, maman de cette joyeuse tribu, va nous raconter leur histoire et comment ils ont pris un virage à 360 degrés pour vivre la vie de leurs rêves.

L’interview

+ Parlez-nous une peu de vous, de vos parcours, de vos passions…

Nous c’est Valérie et Adrien, nous sommes tous les deux infirmiers et nous avons deux enfants : Jules, 9 ans et Valentine 11 ans. Nous sommes une famille nomade et notre maison est une caravane. Nous adorons les voyages, les découvertes et les rencontres qui en découlent. Nous sommes des voyageurs de l’eau comme on aime le dire, car il y a toujours la mer ou un lac à proximité des spots où nous allons.

Pour des raisons de santé, je ne peux plus travailler et grâce à une amie (ma pathologie auto-immune), nous avons décidé de tout quitter et de vivre une vie plus atypique, sur les routes. C’était le rêve d’Adrien depuis toujours. Nous voyageons donc 8 mois de l’année, et rentrons en France pour travailler les 4 mois d’été bien installé dans notre caravane. Nous profitons de voir grandir nos enfants, on ne sait pas de quoi demain sera fait, alors on croque la vie à pleine dent!

+ Vous avez choisi un mode de vie différent de la “normalité”. Pouvez-vous nous dire en quoi il est différent?

Effectivement, nous n’avons plus de maison et nous ne nous levons plus tous les matins pour aller travailler. Nos enfants ne vont plus à l’école, car nous avons décidé de faire l’instruction à domicile. Ce n’est plus un rythme métro, boulot, dodo comme on le dit souvent. Mais qu’est-ce que la normalité ? Au final, nous avons recréé une “normalité” qui est la nôtre et qui nous rend heureux en vivant avec beaucoup moins.

“Nous décidons de vendre notre maison pour profiter de la vie et vivre sur la route, en famille, sans les contraintes imposées par un système qui ne nous convient plus.”

+ Est-ce qu’il y a eut un élément déclencheur?

Fin 2016, je commence à avoir des problèmes de santé, mais je continue à travailler. Mon boulot est passionnant: je bosse depuis 10 ans dans un service d’urgences/SMUR, et mon travail m’épanouit, mais ma santé en prend un coup. Travailler de nuit depuis 4 ans fait que je suis super fatiguée. Début 2017, je suis arrêtée, mon corps me lâche totalement. Le diagnostic de spondylarthrite ankylosante tombe rapidement. Je mets un temps fou à accepter, ma copine qui ne me quittera plus. Ma vie sociale est très pauvre à l’époque. On décide de vendre notre maison, achetée 2 ans auparavant, pour profiter de la vie et vivre comme Adrien a toujours rêvé : sur la route, en famille, sans les contraintes imposées par un système qui ne nous convient plus. Le soleil et la chaleur sont un excellent traitement pour moi.

+ Est-ce que vous y songiez depuis longtemps et y a t’il eut des freins à un moment donné?

Pendant 15 ans Adrien m’a parlé de ce rêve de vivre une vie différente, de faire l’école à nos enfants, de découvrir le monde et de rompre avec un système qui nous met dans des cases et nous promet un avenir que nous ne maîtrisons pas. Au départ, son projet était de partir en bateau, mais je ne me sentais pas de le faire, tout comme le fait de faire l’école à nos enfants. J’étais épanouie dans ma vie professionnelle et je ne me voyais pas vivre autrement. Bien sûr que lorsqu’on décide de tout quitter pour voyager, on se pose mille et une questions. Mais les choses ont été fluides et le fait que nous regardions tous les deux dans la même direction a été le fondement de notre vie épanouie.

+ Comment avez-vous fait pour dépasser vos peurs, sortir de votre zone de confort?

Lorsqu’on est au clair avec la façon dont on souhaite vivre sa vie avec ses enfants, alors il n’y a pas de peurs. Au contraire, on fonce pour faire que ce projet de vie devienne une réalité. Il y a des choses qui ne se passent pas toujours comme on le voudrait, mais on rebondit et ensuite tout se passe bien. Il ne faut pas oublier que la motivation première de notre mode de vie est de passer du temps ensemble et de regarder grandir nos enfants, en ralentissant.

+ Quelles ont été les différentes étapes pour accéder à votre nouvelle vie?

Tout d’abord nous avons mis notre maison en vente en février 2019, pour un départ sur les routes en septembre de la même année. Puis nous avons fait de nombreux tris de nos affaires. Nous avons loué une partie d’un container pour garder des affaires personnelles auxquelles nous tenions, des jeux des enfants ce qui leur permet de tourner quand nous revenons. L’argent de la vente de la maison a été placé. Nous avons juste gardé une partie de la plus-value qui nous a permis d’acheter notre caravane et notre 4×4, et qui nous permet actuellement d’avoir un oreiller financier si besoin.

Il a fallu faire les déclarations pour que les enfants soient en IEF auprès de la mairie et du rectorat de notre région. Et puis la partie administrative, celle que nous détestons, nous a pris énormément de temps: il nous a fallu trouver une adresse fiscale, faire les changements d’adresse, annuler les différents abonnements EDF/eau/internet, etc. Cela nous a pris du temps et beaucoup d’énergie!

+ Comment vos proches ont-ils réagi à l’annonce de votre nouveau départ?

Cela n’a pas été simple d’annoncer notre changement de vie à nos familles, car ils avaient un autre avenir en tête pour nous. Nous avons été éduqués dans un milieu ou la reconnaissance professionnelle est importante et ou la réussite sociale passe parfois avant l’épanouissement personnel. Le fait de partir voyager avec nos enfants 8 mois de l’année et de travailler juste les saisons d’été n’a pas été simple à intégrer pour eux.

Beaucoup de questions ont découlé de nos conversations, auxquelles nous n’avions pas forcément de réponses, car c’est le principe même de l’aventure. Cela n’est pas simple d’être éloigné aussi longtemps pour nos parents, car nous leur manquons, mais je pense qu’ils sont rassurés, maintenant, de nous voir épanouis et heureux dans notre vie!

+ Comment gagnez-vous votre vie aujourd’hui?

Nous travaillons la saison d’été pendant 4 mois, et nous avons si besoin un petit oreiller financier pour les imprévus. Actuellement nous gagnons notre vie l’été, mais nous ne travaillons plus en tant qu’infirmier. Je me suis reconvertie dans la couture et Adrien vend du poisson avec son ancien patron de pêche. Nous sommes très heureux dans ce rythme de vie l’été.

Nous commençons à nous renseigner sur des manières de gagner notre vie en tant que “digital nomade”, mais pour cela il faut une super connexion internet ce qui n’a pas toujours été le cas dans nos derniers voyages. Nous ne pouvons pas donner un budget mensuel, car il dépend totalement du pays dans lequel nous sommes.

+ Quel budget faut-il prévoir pour un séjour à long terme Polynésie?

C’est un peu propre à chacun en fonction de comment chacun vit. En ce qui nous concerne, nous avons un budget d’environ 3500€/mois sans faire de choses extravagantes.

Le loyer est vraiment un pôle important. Il y a des astuces via Facebook pour trouver des logements en direct avec des particuliers. Nous logeons dans un studio chez un ami qui a un lodge avec 3 studios et un cabanon sur la plage. Il nous fait un prix de fou et nous y sommes restés tout notre séjour depuis octobre (environ 6 mois), sauf les fois où il avait besoin de tous les logements. Nous sommes alors partis à Moorea, chez un ami, à Papara côté montagne. Et puis nous avons habité un mois à Huahine, où nous avons logés via Airbnb, mais ça coûte beaucoup plus cher que de passer en direct par les pages Facebook. Notre logement nous coûte environs 1500€/mois, mais on paie quasiment moitié prix (imagine le prix plein!).

L’alimentation est un autre pôle important. À nous quatre, en consommant uniquement des produits d’ici, il faut compter 1200€/mois. C’est absolument astronomique et on ne consomme rien d’extraordinaire.

Ensuite il faut ajouter le budget pour la location de la voiture qui est d’environ 750€/mois en ce qui nous concerne. Nous avons eu un tarif réduit, puisque nous restons longtemps.
À cela il faut ajouter les activités, les voyages entre les îles pour ceux qui le souhaite.

+ Comment les enfants vivent-ils cette aventure?

Les enfants sont les plus heureux du monde! Ils travaillent le matin, puis nous avons tous nos après-midis pour découvrir de nouvelles choses, pour faire des activités sportives, et VIVRE tout simplement. Ils sont vraiment épanouis et ils sont tout les 2 très proches. Ils ne veulent pas repartir à l’école, ils adorent leur vie. Malgré cela nous leur posons très souvent la question, car nous ne voulons pas que notre choix puisse être un poids pour eux. S’il faut faire des ajustements, nous les ferons pour que ce mode de vie reste celui de tous.

“Le jour où nos enfants devront partir, ce ne sera pas un souci, ils traceront leur chemin avec la confiance accumulée grâce à leur première vie.”

+ Comment se passe l’instruction à domicile et comment vous imaginez-vous la suite lorsque vos enfants seront en âge de faire une formation?

L’IEF n’est pas toujours simple, car nous ne sommes pas prof, mais cela fait partie de notre choix de vie. Nous nous y mettons tous les matins et en fonction des niveaux, nous y passons entre 2h30 et 4h.

Pour Jules qui est actuellement en CE2, nous travaillons avec “Pass éducation”. C’est très bien fait: il y a un support hebdomadaire avec le programme de maths et de français établi pour chaque jour.

Pour valentine qui est en 6ème et qui nous parle depuis des années d’être vétérinaire, nous l’avons inscrite au CNED. Nos choix de vie ne doivent pas avoir d’impact sur leur vie future.

Nous aimons notre mode de vie et n’avons pas l’intention d’en changer. Le jour où nos enfants devront partir, ce ne sera pas un souci, ils traceront leur chemin avec la confiance accumulée grâce à leur première vie. Nous resterons ouverts à leurs choix et décisions, et les accompagnerons dans la voie qu’ils auront choisi. Il sera alors temps pour nous deux de commencer un nouveau voyage en couple…

Mais nous sommes aussi conscients que les choses peuvent changer et que notre mode de vie peut évoluer. Nous ne nous interdisons rien et restons ouverts à tout.

+ Racontez-nous une de vos journée, même si chacune est différente.

Nous nous levons tous les matins assez tôt, pour profiter de notre premier moment important de la journée: le petit déjeuner tous les 4. Puis nous faisons l’école toute la matinée sur un rythme de trois jours de travail pour un jour de repos. Nous déjeunons, faisons des jeux de société, puis nous partons souvent en activité: randonnée, baignade, découverte, etc. La toute fin d’après-midi est un moment où nous faisons du sport pour nous. Ensuite douche pour tout le monde, dîner en famille et de temps en temps entre amoureux, puis jeux ou petit film tous les quatre et dodo.

+ Comme tout n’est pas parfait : racontez-nous les avantages et les contraintes de ce mode de vie?

Nous allons parler uniquement d’avantages, car il n’y a pas de réelles contraintes pour nous. Beaucoup nous demandent si vivre dans une caravane n’est pas trop difficile ? Nous adorons notre espace réduit, car il est un formidable catalyseur du lien familial et permet de vivre proche les uns des autres. Nous avons appris à vivre avec beaucoup moins et à nous séparer des choses superflues.

L’école est un moment que nous adorons, même s’il demande beaucoup d’énergie et de remise en question, car c’est en réalité un pur moment de partage avec nos enfants. Nous pouvons dire que nous les éduquons totalement.

Le gros avantage de ce mode de vie est qu’il nous permet de vivre exactement comme nous le voulons sans être obligé de rentrer dans des cases qui ne nous conviennent pas. Nous sommes libres et décidons des contraintes que nous nous imposons. Nous avons une vie réfléchie et nous nous efforçons de donner des repères aux enfants, afin qu’ils se construisent.

La seule “contrainte” que nous pourrions évoquer est liée à notre mode de voyage qu’est la caravane. Nous ne pouvons pas nous poser partout et nos itinéraires doivent être réfléchis à l’avance.

Nous adorons notre espace réduit, car il est un formidable catalyseur du lien familial et permet de nous séparer des choses superflues.

+ Quelles sont vos projets pour le futur?

Nous avons toujours un million de projets !! En ce moment, il n’est pas évident que nos projets aboutissent du fait de la pandémie, mais nous rebondissons toujours. Nous avons envie de reprendre la route avec notre 4×4 et notre caravane. Un petit road-trip en Europe prochainement, mais nous avons des envies de panaméricaine*.

* panaméricaine: la route la plus logue du monde qui relie les deux Amériques.

+ Que diriez-vous à ceux qui souhaitent troquer leur ancienne vie pour celle de leur rêve?

La vie est trop courte et on ne sait pas de quoi demain sera fait. Il faut vraiment profiter de la vie, avoir des moments qualitatifs avec ses enfants ! La vie que nous vivons est le résultat d’un choix, d’une réflexion. Nous avons mis beaucoup de choses en place pour que la vie dont nous rêvions devienne notre quotidien.

Le plus important est de croire en soi et en ses rêves et de surtout regarder ensemble dans la même direction. C’est pour nous la recette du succès d’une vie atypique, mais tellement riche. Il faut sauter le pas pour vivre une vie épanouissante. De plus, cette vie montre à nos enfants qu’il n’y a pas une voie toute tracée. Nous leurs apprenons à réfléchir par eux même, à donner leur avis et à discuter. Le jour venu, ils sauront avancer sereinement dans leur vie et faire de leurs difficultés des tremplins pour mieux rebondir.

Tous les liens

de la famille Blanchy

L’article t’as plu ou tu as des questions ?

N’hésite pas à nous dire ce que tu as pensé de cet article, de ce mode de vie et surtout de poser tes questions à Valérie des “Quatre en Baroude”, qui te conseillera si tu souhaites te rendre en Polynésie.

1 Commentaire

  1. Val blanchy

    Un énorme merci pour cet article. Au top.

    Réponse

Laissez une réponse à Val blanchy Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

© Copyright Four Fly Away 2021 | Designed by Bewild Studio